Mathieu Amalric, réalisateur et acteur à succès, en direct du figaro magazine, nous parle…
L’ART DE VIVRE DANS LA TÊTE DE…
MATHIEU AMALRIC
Il a frôlé le prix d’interprétation au dernier Festival de Cannes, a enchaîné les tournages au pas de course. Impossible de ne pas voir son nom cette année.
Son actualité
Période d’hyperactivité pour l’acteur-réalisateur qui, après sa performance dans Le Scaphandre et le Papillon, de Julian Schnabel, sera à l’affiche de deux films ce mois-ci : La Question humaine, de Nicolas Klotz, le 12 septembre (voir critique page 64), et L’Histoire de Richard O., de Damien Odoul, en salles la semaine suivante.
Notre rendez-vous
Rue du Faubourg-du-Temple, à Paris, dans un café de quartier. Mathieu Amalric commande un espresso, puis s’excuse. Il assure ne pas être très performant lorsqu’il s’agit « d’avoir réponse à tout de façon claire et synthétique ». Histoire de faire diversion, il conversait sagement sur le tourbillon qui l’emporte depuis plusieurs mois : la naissance de son fils, un troisième garçon, des films et des promotions en série, une avant-première au Festival de Venise et l’écriture du scénario de son prochain long-métrage, qui racontera cinq jours de la vie d’un ancien producteur d’émissions de télévision.
Vous arrive-t-il de dire non ?
Là, ça y est, j’arrête. J’ai enfin réussi à refuser des tournages pour me consacrer à la réalisation de mon film. Je ne vis pas comme un sacrifice, être acteur est un joyeux accident dont je me régale, mais comme un retour à ce qui m’intéresse en premier au cinéma : être derrière la caméra.
« La Question humaine » traite de la barbarie des hommes. S’il ne restait qu’une utopie.
Faire des films. Le cinéma reste l’un des derniers lieux d’utopie.
Un ouvrage sur la nature des hommes qui vous a ouvert les yeux ?
Les Naufragés de Batavia, de Simon Leys. Ce livre contre toute notre époque.
Sur quel chef-d’œuvre vous êtes-vous endormi ?
Ce qui m’a ennuyé un jour peut m’intéresser le lendemain. J’ai des chefs-d’œuvre tournants. Un cauchemar récurrent ?
Je ne me souviens pas de mes rêves. Enfant, je faisais surtout des cauchemars d’impuissance comme de me retrouver en train de tomber, sans fin, dans un gouffre dont les parois se resserraient.
Un travers de l’époque qui vous insupporte ?
Le goût généralisé pour l’anesthésie.
Qu’est-ce qu’il y a de gauche en vous ?
Gauche ou droite… Ces mots se retournent comme un gant. La politique est de moins en moins représentative de l’énergie formidable des hommes.
Des mots à transmettre ?
Les écrits du philosophe, anthropologue et historien Jean-Pierre Vernant. Ce grand spécialiste des mythes de la Grèce en dit long sur la résistance.
Un mot d’ordre ?
Résister à la docilité ambiante, même s’il est difficile de définir les formes que peut prendre la résistance, notamment politique. Il y a si peu de rage aujourd’hui.
Une raison d’espérer ?
Bob Dylan, rouler en scooter dans Paris, nager.
À quoi avez-vous renoncé ?
J’ai renoncé à être Mick Jagger par manque hypocrite d’affirmation de mon immense orgueil.
Une image manquante ?
Toutes les premières fois que l’on essaye perpétuellement de revivre.
Le silence qui tue ?
Le silence dans le couple quand l’amour part, que la trappe s’ouvre… Ce moment-là donne envie de se suicider. Voir L’Œuvre d’Antonioni.
Pour quelle faute avez-vous le plus d’indulgence ?
Je suis quelqu’un de très énervé. Tout m’énerve. Les gens qui font la queue au tabac pendant vingt minutes sans avoir préparé leur monnaie, ceux qui sont incapables de se mettre à la place de quelqu’un d’autre. Ça ne m’amuse pas. Manque d’humour, d’ironie, de deuxième degré… Quant aux fautes, le temps modifie tout.
Qui regrettez-vous de ne pas avoir connu ?
J’ai travaillé récemment sur un portrait de Godard. J’ai écrit un texte qui lui a plu. Est-ce une bonne idée de rencontrer les gens qu’on admire ? Je n’en sais rien.
Dans la tête de qui aimeriez-vous être ?
Quel intérêt ? Tout serait terminé le jour où nous lirons dans les pensées des autres. En revanche, j’aurais bien aimé être dans la peau de Robert Capa pour vivre une histoire d’amour avec Ingrid Bergman.
Une place à laquelle accéder ?
Celle qu’occupait un spectateur au dernier concert de Jacques Brel, en 1966, à l’Olympia.
Un coup de cœur musical ?
Personne ne le fera pour nous, le dernier album du groupe Mendelson.
Dernier fou rire ?
Avec les enfants.
Une devise ?
Tout est dans tout.
Le mot de la fin…
Quoique.
À la pression, Laurence Haloche
LE FIGARO MAGAZINE – Samedi 8 septembre 2007


