Rien ne nous préparait à Bruit Noir, le projet parallèle de Pascal Bouaziz et Jean-Michel Pires, ex-membres du groupe Mendelson, dont les albums sont des brûlots, des œuvres incandescentes, des maelstroms de poésie hurlante et de musique hallucinatoire, un cri libérateur et jubilatoire.
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Extension Politique #7
Extension Politique #7
« La bonne marche des choses, si elle n’est pas bousculée, et bien elle continue à marcher et la plupart du temps elle marche sur la tête des gens. » [Pascal Bouaziz]
Découvrez la 7ème vidéo d’ « Extensions Politiques », un prolongement des textes du titre « Les Héritiers » extrait de l’album « Sciences Politiques » de Mendelson :
Adaptation Mendelson, d’après « Men of Good Fortune » de Lou Reed
Politis : Mendelson, la poésie du désastre intime
Poésie du désastre intime
Nouveau chapitre en 3 CD pour Mendelson, qui radicalise sa démarche singulière et repousse les limites.
De l’importance d’être constant. Ce n’est sans doute pas en référence à Oscar Wilde, mais la constance est bien l’une des nombreuses qualités de Mendelson depuis ses débuts, il y a quinze ans. Surtout, comme toutes les œuvres qui puisent et agissent en profondeur, celle de ce groupe français unique creuse son sillon disque après disque, y revenant sans cesse et n’ayant de cesse d’en retravailler la forme.
« Il n’y a pas d’autre histoire à raconter / que celle d’être né », est-il dit dans Il n’y a pas d’autre rêve. C’est donc de cette histoire, et d’un certain nombre de ses conséquences, que raconte Mendelson, cherchant toujours la manière la plus juste, la plus honnête et la plus sincère de le faire. La plus imaginative aussi. Mendelson navigue à mille lieues du confort tiède des airs connus, au cœur des ténèbres des âmes meurtries.
Mendelson est un groupe exigeant, et sa musique l’est aussi. Exigeante dans sa conception, dans cette écriture minutieusement ciselée, et dans l’attention soutenue qu’elle demande de la part de l’auditeur, souvent sur des temps très longs. Ce qui la classe à part dans cette époque où l’on écoute de la musique en permanence sans toujours y prêter attention. Il faut ajouter ce que peuvent avoir de dérangeant les échos que trouvent en chacun de nous ces fragments nus de condition humaine qui constituent les portraits des personnages évoqués dans la plupart des compositions.
La récompense, à l’écoute de ce que l’on ne sait plus s’il faut encore appeler des chansons, est une expérience singulière.
Avec ce nouveau chapitre particulièrement fourni, le groupe de Pascal Bouaziz va encore plus loin dans sa revendication de liberté des formes, dans sa volonté de refuser toute autre limite que celle qui dessine chaque morceau. Les Heures, avec ses cinquante-quatre minutes d’un voyage immobile dans l’impasse d’un désespoir narcissique, en est l’exemple le plus extrême.
Certaines chansons portent un propos politique, parlent du monde des persécutés, de nos sociétés qui ne laissent le choix qu’entre la soumission et l’effacement — sinon le silence, peut-être en s’excusant. Mais le plus souvent, ce sont des histoires de « vies en ruine », mal vécues, de faillites amoureuses, d’êtres brisés, vaincus, qui ont abandonné « l’idée que revient un jour l’idée d’avoir un destin », tel le personnage de Ville nouvelle. Des êtres étrangers à eux-mêmes, partagés entre le dégoût et l’incompréhension : « J’aurai perdu ma vie à comprendre à quel point je lui étais étranger. »
C’est une poésie du désastre intime qui, en refusant tout pathos, tout lyrisme ou toute grandiloquence, en devient plus terrible encore. La musique qui l’accompagne doit elle aussi ne pas être ordinaire. Elle mêle instruments électroniques et électriques, un piano parfois, sinistre comme un glas, une batterie rude mais rare. Une musique orageuse, ténébreuse, grave et d’un noir profond.
Les sons surgissent, flottent, disparaissent comme des fragments d’orages qui jouent un jeu cruel avec le silence et le vide. Ce vide dans lequel ils se reflètent et se perdent, mais qu’ils ne renoncent pas à combler. Parfois, ce ne sont que stridences, comme si la musique criait ce que ne crient pas les mots. Ailleurs, les mots se sont tus et la musique s’est faite.
Ces musiques sont comme des ex‑voto. Elles accompagnent des textes qui tentent de garder la même force à la lecture et à l’écoute. C’est l’œuvre d’un groupe qui, malgré l’injustice d’un succès mérité qui se fait attendre, ne désarme pas.
— Jacques Vincent
Mendelson au Scanner : une interview de 2007
Interview de décembre 2007 pour le site Millefeuille

le 07.12.2007 · par Eric F.
Quelles ont été tes premières émotions musicales ?
Deux albums vinyles des Beatles, une cassette de The Wall des Pink Floyd, les disques familiaux, Jacques Brel et les Georges Brassens. Renaud, tous les disques de Renaud, jusqu’à assez tard. Et oui, et oui…
Qu’est-ce qui t’a poussé à composer des morceaux ?
Je ne voyais rien d’autre à faire dans la vie.
Ton éducation musicale semble assez majoritairement anglo-saxonne, tu n’as jamais eu envie de chanter en anglais ?
La toute première chanson de Mendelson était en anglais. La deuxième chanson, deux ans plus tard, était en français. Chacun fait ce qu’il veut, moi je me voyais mal chanter en anglais à des Français qui, la plupart du temps bien sûr, n’y comprennent rien.
Pourquoi être allé jusqu’à traduire Lonely At The Top, le morceau de Randy Newman ? Même s’il s’agit en quelque sorte d’un fantasme absolu, y a-t-il une chance que tu fasses la même chose un jour avec tes cousins US de Ween ?
Peut-être justement pour que les gens comprennent ce que ça raconte. On a fait une reprise de Ween à une époque sur scène : Buenas Tardes Amigo. Une reprise en français ? Pourquoi pas ? Sûrement une des chansons de Quebec à ce moment-là. J’y penserai.
Les différentes formations de Mendelson correspondent-elles a des envies particulières quant au son de chaque disque ou bien était-ce plus par la « force des choses » ?
On a toujours fait plus ou moins comme ça : ce qu’on pouvait faire avec qui était là pour le faire. Sauf Quelque Part et ses invités. Daunik Lazro et Joëlle Léandre, qui se sont déplacés spécialement à la demande de Noël Akchoté. Et le dernier album où l’on voulait vraiment réunir les deux batteurs qui jouaient en alternance avec nous sur scène. Là il y avait vraiment une envie particulière de son avec deux batteurs à la Bitches Brew de Miles Davis.
Qu’est-ce qui t’as poussé a collaborer avec des gens comme Quentin Rollet ou Michel Cloup sur Quelque Part, alors que ton premier album, L’Avenir Est Devant, avait une coloration intimiste ?
Quentin Rollet jouait avec Prohibition, groupe d’amis, qui est devenu lui-même un ami. Avec Michel Cloup, au sortir de Diabologum, on avait fait une chanson ensemble chez lui, à Toulouse. On s’était vraiment bien entendu à travailler tous les deux. Tout ça se fait toujours de la manière la plus naturelle possible. Le premier album, on était que deux, d’où la coloration « intimiste ». Puis trois, puis quatre, puis cinq sur scène. Donc, à l’époque de Quelque Part, la musique du groupe avait naturellement changé.
Chaque album semble marquer une transition claire et nette avec le précédent. On constate même l’apparition de « pop-songs » (je pense surtout à Je Me Réveille) sur Seuls Au Sommet). Y a-t-il une volonté de ta part de toujours surprendre l’auditeur ?
Je Me Réveille avait déjà été enregistré pour Quelque Part, mais elle détonnait un peu parmi les autres titres. Le groupe comme tous les organismes vivants change constamment et comme les albums mettent toujours beaucoup de temps à se faire, le changement semble du coup plus marqué. Ce n’est donc pas en ce sens une volonté de surprendre l’auditeur. Après dans l’écriture des chansons, oui, on essaye toujours sinon de surprendre, du moins d’éviter de se répéter.
Beaucoup de disques ornent la pochette de Seuls Au Sommet. Est-ce un hommage à ces disques ou un simple clin d’oeil ? Je te pose la question surtout en rapport avec Arab Strap, dont les textes paraissent souvent mal compris…
C’est un hommage et un clin d’oeil. Voilà d’où on vient et voilà à qui on paye nos dettes. Philophobia sort un peu de ce contexte puisque je ne crois pas qu’Arab Strap ait pu nous influencer. Je cherchais juste un disque à présenter qui soit un très, très bon disque et qui pourtant ne date pas des années 70.
Est-ce que ca ne t’énerve pas un peu que beaucoup de gens mettent surtout l’accent sur tes paroles, et moins sur ta musique ?
Non, non, ça ne m’énerve pas. Mais pas grand-chose arrive à m’énerver encore dans la manière dont Mendelson est perçu. Et puis, elles sont bien ces paroles.
D’une façon plus générale, il semblerait qu’il y ait un fil conducteur beaucoup plus évident au niveau des textes que de la musique ? Il semblerait que beaucoup de tes titres jouissent d’une grande liberté au moment de l’enregistrement. Un titre comme Les Petits Frères des Pauvres semble avoir une structure très libre, du moins au niveau des textes. Y a-t-il une grande partie d’improvisation ?
Oui. Grande partie d’improvisation dans les musiques. Dans les textes, beaucoup de travail pour que tu aies l’impression qu’il y a de l' »improvisation ». Et que tout coule naturellement sans se faire remarquer. Après, le fil conducteur qui serait plus au niveau des textes… C’est sûrement vrai qu’en musique, on est plus prêt à tout, c’est-à-dire quasiment prêt à jouer toutes les musiques pourvu que ça nous semble bel et bien, bon. Dans les textes, je ne suis pas prêt à tout. Non. Il y a des choses que nettement je préfère, et je préfère écrire celles-là.
Dans le même ordre d’idée on a fortement l’impression que Personne Ne Le Fera Pour Nous a été enregistré dans les conditions du live. Si oui, qu’est-ce qui t’as poussé à cela ?
Oui, c’est en très grande partie du live réarrangé, recoupé, remonté. Et la plupart du temps, les textes ont été écrits a posteriori, sur la musique. J’avais envie d’entendre la musique de ce groupe. Plutôt que : « Quelle musique ce groupe pourrait faire autour d’une chanson ? »
Le fait que tu parles de situations hyper-concrètes dans tes chansons pose la question de l’autobiographie dans celles-ci. Utilises-tu beaucoup d’éléments de ta vie privée pour écrire ? Si oui, certaines personnes se sont-elles déjà reconnues dans tes textes ?
Autant d’éléments vécus, que d’éléments imaginés, rêvés, fantasmés, lus, entendus, déformés. Les éléments autobiographiques n’ont aucun intérêt pour moi s’ils ne sont qu’autobiographiques. Mais si au détour d’une chanson, presque par hasard, j’en viens à « utiliser » un bout de vraie vie, il n’a un intérêt que parce qu’il tombe bien à tel ou tel moment dans la chanson. Des gens qui ont cru se reconnaître se sont trompés ; d’autres qui auraient pu ne l’ont pas fait.
Beaucoup de gens qui ne connaissent pas Mendelson trouvent les chansons « déprimantes » quand ils les découvrent, alors qu’à mon sens, il y a toujours eu une très forte dose de second degré et d’humour. Comment apprécies-tu ces deux lectures très différentes ?
Moi aussi je trouve qu’il y a souvent de l’humour. Moins peut-être sur le dernier, mais quand même… Mais chacun est libre d’apprécier ce qu’il a envie de trouver dans les chansons. Si ça ne t’ennuie pas, je te répondrais en m’auto-citant. Quelle fatuité, j’en reviens même pas moi-même ! « Nous sommes ce que nous voyons. » Ce que les gens disent sur les chansons reflètent très souvent presque autant ce qu’ils sont eux-mêmes. Peut-être autre chose encore, les gens qui ont l’habitude de certaines oeuvres, disques, livres, films, sont plus ou moins sensibles au côté noir et déprimant. Si tu lis Primo Levi, que tu vas voir au cinéma « Le silence de Bergman » et que t’écoutes en rentrant chez toi Closer de Joy Division, tu es plus susceptible d’apprécier qu’il y a « aussi » de l’humour dans Mendelson. Si t’écoutes Louise Attaque, que tu lis Marc Lévy et qu’au cinéma tu vas voir des films américains, tu risques effectivement de trouver que Mendelson, au premier abord, c’est assez « déprimant ».
Peux-tu expliquer le choix du format double album ? Etait-ce en quelque sorte une réaction au fait de ne trouver personne pour sortir l’album ?
Non, non, pas du tout. D’abord ça devait être un triple. Et puis comme on a eu bien le temps d’y réfléchir, de couper, de se passer de certains titres, finalement en gardant pour nous l’essentiel, ça a été un double. On peut penser aussi que quand on sort un disque tous les trois, quatre ans, les gens qui aiment vraiment Mendelson sont contents d’en avoir à se mettre sous la dent.
J’ai également l’impression que le premier disque est plus « immédiat » que le second au niveau des compositions : es-tu d’accord ? Si oui, était-ce parce que tu voulais une idée de progression forte ?
Au départ, c’est vrai, je voulais que ce soit une sorte de diptyque. Le disque ouvert face au disque plus dur. Le disque lumineux et le disque noir. Au fil du temps, tout ça s’est bien mélangé, mais il en reste surement quelque chose.
T’est-t-il arrivé de douter au point de vouloir abandonner entre l’enregistrement et la sortie du disque ?
Honnêtement ? Oui. Ca m’est arrivé. A plusieurs reprises…
Ne t’es-tu jamais senti capable d’exploiter le filon « chanson française » pour essayer de faire avancer Mendelson ?
On n’est jamais rentré dans les cases. On n’a jamais eu de manager non plus (malheureusement) pour être suffisamment malin et essayer de nous y faire rentrer.
Je me rappelle de votre répétition dans les studios de Mains D’Oeuvres avant votre passage au Mofo (oui, j’écoutais à la porte…), et le son était tout simplement massif. Considères-tu le live comme une façon de pouvoir te « lâcher » au niveau guitares, ce qui arrive finalement assez rarement sur disque ?
C’est sûr que le live est plus l’occasion d’une expérience physique de la musique, sans même parler du chant. Oui, se « lâcher », c’est un bonheur. Tout simplement jouer de la musique avec les bonnes personnes, c’est un bonheur irremplaçable. Même avec la Wii.
Qu’est-ce qui t’as poussé à défendre Personne Ne Le Fera Pour Nous seul sur scène ? Est-ce une expérience à laquelle tu étais habitué ?
Ce qui m’y a poussé, c’est que Pierre-Yves, qui vit à San Francisco, n’a pas pu décoller. Jean-Michel Pirès est en tournée dans le monde entier comme Sylvain Joasson, mais pas dans le même groupe ni dans le même pays. Ca ne facilite pas les choses. C’est dur de garder un groupe sur la même longueur d’ondes trois ans sans « actualité ». Pour les concerts solos, non, je n’y étais pas du tout habitué. Je ne l’avais fait vraiment qu’une seule fois à Manosque lors d’un festival. C’était un peu le même principe que maintenant, en moins travaillé, avec des images sauf qu’il y avait des lectures en plus, au milieu des chansons. Lobo Antunes, Rollin, Murakami, je sais plus qui d’autre…
Conçois-tu désormais le futur de Mendelson en tant qu’artiste solo ? Ta Black Session semblait ouvrir quelques pistes intéressantes…
Je ne sais pas comment je conçois le futur. Je le conçois rarement d’ailleurs. On verra bien. J’ai toujours envie de jouer dans ce groupe. J’ai hâte de retrouver Pierre-Yves pour les prochains concerts. Après, on verra…
